Chapelle St-Clément de Man


  

Le prieuré Saint-Clément-de-Man émergeant des arbres tel un navire en bordure du Larzac .

  Le prieuré Saint-Clément-de-Man de Soubès

 
C’est l’histoire de la résurrection d’une église et de la restitution d’un élément perdu au patrimoine de la commune.
 
Selon les archives, Soubès comptait cinq églises :
L’église Saint-Cyprien, située au cimetière,
l’église Saint-Géraud devenue Sainte-Marie-Madeleine, l’église paroissiale actuelle,
l’église Saint-Roch, disparue qui se situait à l’emplacement du Christ de l’Aire,
l’église Saint-Pons, disparue, dont on a suppose les ruines dans un terrain privé, près du chemin d’Aubaygues,
l’église Saint-Clément, en bordure du Larzac qui a été retrouvée en 1991
 
Les origines
Le prieuré Saint-Clément-de-Man, est un édifice de style préroman de la fin du Xème siècle ou du début du XIème. Sa plus ancienne mention date de 1095, selon une donation faite au monastère de Vabres en Rouergue. Mais l’édifice a été fondé un siècle plus tôt par le chanoine Matfred, contemporain de St Fulcran, évêque de Lodève de 949 à 1006.
En 1317, l’église fut cédée à l’évêque de Lodève qui l’a rattachée, un temps, à la paroisse de Pégairolles dont elle fut une annexe. De par sa position excentrée sur le Larzac, le prieuré fut peu à peu délaissé. Il est mentionné pour la dernière fois « prieuré de Canet » en 1789 dans les biens privilégiés de Soubès. La Révolution consacrera son abandon et son oubli. L’histoire de cette église est sans doute à rapprocher au chemin médiéval de Lodève au Caylar qui suit la vallée au nord-est.
 
 
Vue depuis la chapelle : la Méditerranée à l'horizon avec le mont Saint-Loup d'Agde, le Lac du Salagou, la montagne de Liausson.
 
A la recherche de Saint-Clément
Malgré les archives qui attestent de son existence, le prieuré Saint-Clément qui ne figure sur aucune carte, ni cadastre, n’était pas identifié jusqu’à la fin des années 1980. Des passionnés d’archéologie, religieux ou laïcs, vont chercher cette église tout au long du XXème siècle. En 1930, le prêtre lodévois Dom Hébrard, mentionne dans ses carnets le prieuré Saint-Clément, « sur le plateau au-dessus de Soubès », accompagné d’un plan des ruines établi en 1900 par M. Geniez-Alleman de Pégairolles.
L’abbé Giry, prêtre-archéologue languedocien, indique la chapelle dans son « Inventaire des églises à chevet carré de l’Hérault », en 1983, mais ne la trouva pas. Le professeur montpelliérain André Soutou, l’a cherchée vainement jusqu’en 1990.
 
L'église telle qu'elle était en décembre 2000.
 
 
La nef ensevelie sous les gravats des murs supérieurs éboulés et envahie de végétation. Décembre 2000.
 
La découverte des ruines
En 1983, Gérard Mareau, président du Groupe Archéologique Lodévois, découvre un édifice en ruine en bordure extrème du plateau du Larzac dans le secteur de Font d’Amans, qu’il identifie comme l’église Saint-Clément qu’il signale à la DRAC de l’Hérault en 1991. En 1992, Francis Moreau indique l’église Saint-Clément-de-Man dans son ouvrage historique « Soubès en Languedoc » et par la même en informe les Soubésiens qui ignoraient jusqu’à lors son existence.
 
 Vue aérienne de la chapelle St-Clément pendant les fouilles (2006).
 
Début des fouilles archéologiques en 2003
En 2001, Spes propose de faire la mise en valeur du prieuré Saint-Clément. Mais les travaux ne commencent qu’en mai 2003 après la signature d’un bail emphytéotique entre les propriétaires privés des terrains où se trouve la chapelle et la mairie de Soubès. Egalement, après l’obtention d’une autorisation de fouille auprès du Service Régional d’Archéologie (Sra) dépendant de la Drac du Languedoc-Roussillon. Le chantier sera dirigé par Mme Agnès Bergeret, archéologue agréée.
 
 Fouille archéologique dans le choeur de l'église.
 
Le plan d’une église pré-romane
Le premier travail a consisté à dégager l’église envahie d’arbres et des remblais qui l’occupaient. Il a été mis au jour un bâti rectangulaire de dimension externe 14,35 X 5,50 m, orienté nord-est 60° dans lequel le chœur ne se distingue pas de la nef. Le chevet étant plus étroit que le mur occidental (5,25 m au chevet contre 5,50 m pour le mur W), ce qui est caractéristique de l’époque préromane (X° siècle). L’église comporte quatre travées en incluant celle du chœur. Une porte est mise au jour dans le mur occidental. Dans le chœur, le pied d’autel en pierres de tuf encore en place est découvert sous un chêne.
 
 Abattage des pins autour de la chapelle.
 
Trois périodes de construction
Après 4 ans de fouilles, l’édifice laisse bien des questions en suspens : on s’interroge toujours de savoir si on n’est pas en présence d’un édifice païen récupéré et transformé en église. Ce qui est sûr, c’est que le bâti tel qu’il se présente aujourd’hui, paraît avoir connu trois périodes de construction successives.
Les murs gouttereaux (nord et sud) paraissent correspondre au plan initial de l’édifice. Leur épaisseur (70 à 75 cm) nous permet de dire que la toiture était charpentée.
Une seconde campagne (impossible à dater) a vu l’implantation des six piliers de l’église qui ne sont pas chaînés avec les murs : ce qui signifie qu’ils sont postérieurs à ceux-ci.
La troisième période, correspond à un doublement (largeur 90 cm) par l’intérieur et l’extérieur des murs sud et nord de la partie orientale de la nef et du chœur (à l’exclusion du mur est), certainement pour supporter une voûte en pierres, peut-être au XII°. En même temps, le sanctuaire a été réduit de moitié comme en témoignent les murs de séparation au niveau de la 3ème travée de la nef. Cette réduction du sanctuaire pourrait s’expliquer par une diminution du nombre de fidèles : l’église est réduite à la partie orientale, tandis que la nef, devenant une pièce à vivre, aurait entraîné à son tour l’abandon de l’annexe.
A noter, que le doublement du mur nord dans la partie chœur, comporte des grandes pierres taillées qui paraissent de facture romaine utilisées en remploi d’un bâti gallo-romain qui aurait précédé la chapelle. Quelques fragments de poterie sigillée de la Graufesenque de la fin du 1er siècle, attestent d’une occupation dès l’Antiquité.
La porte sud dont la dimension nous paraît disproportionnée, a été réduite à une époque indéterminée.
 
 Pied d'autel en pierres de tuf encore en place (estimation : XVIème siècle).
 
Quelques vestiges sacrés de l’église
L’église a été bâtie majoritairement avec des pierres du site de type pierres froides et de grès. Par contre, les pierres de grès friables et les pierres de tuf ont été acheminées depuis Soubès, aucune carrière de même type ne pouvant exister sur le plateau.
Nous avons mis au jour dans le chœur le pied d’autel en pierres de tuf encore en place, la table, cassée en 8 fragments (7 trouvés), une grande pierre d’imposte chanfreinée que nous avons ramenés à l’église de Soubès. Egalement, des claveaux en tuf taillés provenant de l’arc triomphal, des fragments d’encadrement d’une fenêtre en tuf (fenêtre axiale du chevet ?). Enfin, des pierres de grès taillées de stries, correspondant peut-être à des impostes.
 
 
Table d'autel des XI-XIIe siècles trouvée dans les ruines et reconstituée par nous (7 fragments). Cet autel constitue un vestige assez exceptionnel car la plupart des églises l'ont perdu au fil du temps.
 
Une annexe à l’ouest de l’église
En 2005, il est mis au jour un bâtiment dans le prolongement de l’église à l’ouest que l’on qualifie d’annexe pouvant servir d’habitat. Ses dimensions sont 10,50 X 4,70 m et les murs ne sont pas chaînés avec l’église. A l’ouest, les fondations se situent dans la pente. Nous découvrons à la fois une porte au sud (et le linteau), permettant d’accéder au dehors et des marches permettant un accès direct dans la chapelle. Le bâtiment contient beaucoup de mobilier : tessons de poterie (la plus ancienne du XIIIème siècle), des ossements divers de faune, des pièces de monnaie du XVIe et XVIIe siècle.
 
  Anse de cruche trouvée dans les remblais.
 
Une enceinte au sud et à l’est
Autour de l’église au sud, est mis au jour un mur d’enceinte parallèle à l’édifice orienté est/ouest. Ce mur de 95 cm de large forme un angle sur le côté est pour se prolonger dans une direction sud-nord par devant le chevet de l’église vers le nord-est. Nous pensons que cette enceinte faisait le tour complet de l’église. Au sud, ce mur forme une grande terrasse dans laquelle nous avons mis en lumière des habitats du Moyen-Age construits contre le rempart. Les traces d’autres habitats ont également été repérées à l’est du chevet, nous indiquant des lieux de vie autour de l’église, justifiant peut être sa construction à cet endroit.
 
              Sondages archéologiques contre le rempart sud.
 
Synthèse des fouilles archéologiques
La campagne de fouille qui s’est déroulée de mai 2003 à décembre 2006 a mobilisé une quinzaine de bénévoles (par alternance car l’équipe a réuni en moyenne 4 personnes). 1770 heures de travail ont été effectuées, qui ont permis de découvrir plus de 1100 objets divers dont 665 tessons de poterie du XIII au XVIIIe siècle, 409 ossements de faune et d’humain, 32 objets en métal dont 14 pièces de monnaie de 1589 à 1632, ainsi que 70 objets divers et vestiges de l’époque médiévale. Les différents matériels découverts ont été remis à des spécialistes : leur rapport qui ne nous est que partiellement parvenu, nous permettra de mieux connaître le mode de vie des personnes qui s’étaient établies sur le site.
  
 Encore beaucoup de questions sans réponse...
Les fouilles archéologiques n'ont pas permis de répondre à nombre de questions sur le prieuré Saint-Clément. Et en premier lieu, où se trouve le cimetière : alors même que les fouilles d'autres églises de la même époque situées sur le Larzac, ont révélé la présence de nombreuses tombes contre et autour de l'église, à Saint-Clément, si ce n'est des restes humain dispersés trouvés près du chevet, aucune tombe n'a été trouvée. Un cimetière doit pourtant bien exister vue l'importance des bâtiments et la durée d'occupation du site. Ce cimetière qui se trouve à l'écart des bâtiments doit néanmoins se situer à la périphérie. Sa position excentrée se justifiant peut être par l'importance de l'habitat dont on est loin d'avoir découvert les limites du périmètre.
 
  

 Fragment d'un objet de céramique sigillée en provenance vraisemblablement de la Graufesenque de Millau (Fin du Ier ou début IIe siècle après JC). On distingue un cerf. Cet objet mêlé à des céramiques du Moyen-âge serait une preuve de la récupération du site occupé dès l'Antiquité.

 

 Pourquoi le vocable de Saint-Clément ?
Les églises plaçées sous le vocable de Saint-Clément sont rares dans la région et même au-delà. A titre d'exemple, dans son livre "Eglises romanes oubliées du Bas-Languedoc" paru en 1983 - bien que non exhaustif-, l'historien Pierre-Albert Clément ne recense qu'une seule église sous le patronage de Saint-Clément parmi les 315 édifices présentés.
De même que l'abbé Joseph Giry, dans son "inventaire des églises à chevet carré de l'Hérault" (1983), ne cite que Saint-Clément de Soubès sur les 86 églises étudiées.
Enfin, le "Guide des églises romanes du Massif Central" (édition Chamina, 2002), qui recense 1.000 églises en Auvergne, Limousin et Rouergue, ne cite lui aussi qu'une seule église au vocable de Saint-Clément située près de Rodez (Aveyron).
 
 
Mur nord dans le choeur : reste de pierres disposées en "opus spicatum" ou arête de poisson.
 
Qui était Saint-Clément ?
Le nom de Clément vient du latin "clemens" qui signifie "doux", clément.
La Chrétienté a connu 14 papes dénommés Clément entre l'an 90 et 1774.
Saint-Clément 1er, fut le troisième pape. Son pontificat dura 9 ans, de l'an 88 à 97.
Clément 1er était un fils de sénateur romain appelé Faustin. Il fut persécuté par l'empereur Trajan. Selon la tradition, il était un ami de Saint-Pierre et fut déporté sur une île où il rencontra deux mille chrétiens exilés comme lui.
 
 
Marches en pierres permettant le passage entre la chapelle et l'annexe telles qu'elles ont été découvertes.
 

 La restauration des ruines de l'église.

Un programme pour la confortation des ruines de l'église a été élaboré par l'architecte montpelliérain Frédéric Fiore. Il consistera à reprendre les murs de l'église jusqu'aux bases les plus saines et de reconstruire les parties supérieures afin de pérenniser ces vestiges dans le temps. Le chantier devrait commencer fin 2009 et être rendu en 2010. L'appel d'offre vers les entreprises du bâtiment a été lancé par voie de presse (Midi Libre) le 16 décembre 2008.

 

Comment y aller ?

Itinéraire pour un accès à pied : Durée aller/retour : 2h30. Dénivelé : 400m . Départ de la place du Terral (mairie) : suivre le chemin des Garennes et le GR 71 (balisage rouge et blanc) en direction du Caylar. Passer devant le panneau du sentier botanique puis le sentier mont sous les pins parallèle au ruisseau de Font d'Amans qu'il finit par franchir. L'itinéraire se poursuit sur le versant opposé par un raidillon assez fort, puis le GR 71 bifurque à droite (nord-est) selon un parcours en légère montée pour atteindre une piste forestière : abandonner le GR et suivre la route à gche (ouest) : à partir de là plus de balisage. A 200 m, laisser le chemin à drte et continuer en face par un autre chemin plus étroit. A 100 m, vaste virage à gche avec parking : trouver au fond du parking sous les arbres (sud), un chemin qui monte très brièvement avant de descendre en ligne de crête et en milieu découvert avec un joli panorama : la chapelle se situe à 400 m au bout du chemin.

Itinéraire en voiture : 17 km Aller/retour. Départ place du Terral (mairie). Remonter le chemin des Garennes puis le Camin Farrat, passer devant la maison de retraite et suivre le chemin des Barres. A partir de là, c'est toujours à gauche à tous les carrefours : le chemin se transforme en piste non bitumée sous les pins. Laisser un 1er croisement à droite et continuer par la piste en lacets. Aboutir sur le Larzac (vue panoramique) et laisser la piste à droite (portail métallique). Le chemin suit à plat la bordure du causse (falaise) en direction de l'ouest. Au prochain carrefour, descendre à gauche (sud) pour retrouver la forêt. La piste descend franchement en direction du sud-ouest puis nord-ouest : passer un caniveau en ciment et le chemin remonte par un espace déboisé (jeunes pins et cèdres). La piste coupe le sentier GR 71 (balisage rouge et blanc) : monter jusqu'au croisement puis suivre le chemin en face (ouest) et trouver à main gauche, à 100 m, un parking dans le virage. Laisser le véhicule et continuer à pied par le chemin au fond du parking qui permet de descendre jusqu'à la chapelle (à 400 m).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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