Origine des rues de Soubès
Origine des rues de Soubès
Soubès a l'avantage de conserver de nos jours la plupart des noms anciens de ses rues. Soit qu'ils se sont perpétués de génération en génération, soit qu'ils ont été lus dans le cadastre ou des archives. Ce n'est pas le cas de toutes les communes. Certaines mairies ont cru bien faire de débaptiser l'ensemble de leurs rues pour leur donner des noms de Français célèbres... qui n'ont pas le moindre rapport avec leur village ! C'est un choix, qui ne respecte pas la mémoire des anciens et ne permet pas à travers les noms de rue, de lire l'histoire du village et la vie des anciens. De plus, il a été prouvé qu'en présence de trois rues au profil identique, la confusion est constante entre les rues Molière, Racine ou Corneille !!
A Soubès, lors d'une réunion publique initiée par la mairie à l'automne 1989 (Jean Lassalle, maire), la population et les élus ont décidé de conserver les noms d'origine et de n'attribuer aucun nom de personnalités, mêmes originaires du village et surtout pas de célébrités extérieures. Aux voies anonymes, il a été donné un nom relatif aux us et coutumes du village (la rue du four, parce qu'il y avait le boulanger...) ou à la configuration des lieux... parfois avec humour !
La plus ancienne : la rue de la Ville
Rue de la Ville (vue prise depuis la placette de l'église vers le coeur médiéval). Les portes cintrées, sont les vestiges de l'époque la plus lointaine. Au sol, on remarque des pavés qui matérialisent les ruisseaux latéraux -1950 ?-. Etroite et irrégulière, le passage des véhicules s'avère complexe... Le nom de la "Ville" est cependant "récent", il date du XIXe : en 1488, c'était la rue du Four car il s'y trouvait le four banal dans la montée du château.
Rue de la Ville. Faisceau de la lumière du soleil le soir au couchant dans l'axe de la rue.
C'est la plus ancienne rue de Soubès, au pied de la Tour, qui existait dès le XIIIe siècle. Son étymologie viendrait donc de sa situation dans le corset du village médiéval, à l'intérieur de l'enceinte, à la différence des habitats dispersés qui pouvaient exister hors les murs.
Cette dénomation n'est pas exclusive à Soubès : dans le Sud-Aveyron, à Montlaur et plus encore à Versols, dans la vallée de la Sorgues, on trouve aussi la Rue de La Ville. Il s'agit là aussi de la rue principale qui traverse le bourg médiéval. Ailleurs, elle a pris le nom plus répandu de Grand'Rue non pas pour la largeur mais pour la longueur car elle traversait le bourg, d'une porte fortifiée à une autre.
L'ancienne maison des Consuls. Avant la création des conseils municipaux à la Révolution Française, les Consuls étaient chargés de l'administration du village. Ils se réunissaient dans cette maison reconstruite en 1777. L'immeuble conservera un caractère public en servant tour à tour d'école puis de presbytère jusqu'en 1996, puis de logement social de la mairie avant sa vente à un privé en 2009.
A l'origine, la Rue de la Ville, devait démarrer depuis la porte des Fous dans le rempart Ouest (emplacement du clocher actuel). Elle se prolongeait jusqu'à la placette où se situe la fontaine et à la seconde placette où se trouvait l'hospice. La placette où se trouve la fontaine, avait le nom de Plan del Caire au Moyen-Age (étym. pierre taillée), un nom qui n'a pas été repris par la suite.
Enigmatique tête sur une façade la rue de la Ville qui effraye peut-être encore les enfants. Elle devait orner le canon d'une fontaine.
La jonction de la rue de la Ville vers le chemin des Garennes (chevet de l'église Sainte-Madeleine) - par où on accède aujourd'hui en voiture- ne date que de la fin du XIXe siècle. Jusque-là on ne passait qu'à pied. Le percement du rocher contre l'église au pied de la place de la Tour relève de toute une procédure qui prouve que nos anciens étaient plus évolués qu'on ne le croît...
La liaison entre la rue de la Ville et le chemin des Garennes - le Terral ne date que de 1897.
Historique : le 23 août 1892 le conseil municipal présidé par son maire Augustin Gros, vote le projet d'élargissement du passage derrière l'église Sainte-Madeleine en raison des "difficultés pour les habitants de franchir avec leurs attelages la rampe au pied du clocher". La rue de la Ville conservait donc à ce moment-là, son tracé "rectiligne" depuis l'ancienne porte des Fous (montée de l'église piétonne actuelle), vers le centre.
Le 18/04/1893, l'agent-voyer cantonal Revel, établi le plan d'élargissement du passage visant à porter sa largeur de 1,80 m à 4 m. L'alignement correspondant à la façade est de l'église sur une longueur de 38,40 m nécessitant l'excavation du rocher de tuf et la démolition des immeubles Rudel et Fulcran en nature d'écurie et de grenier à foin.
Août 1895 : au cours de l'enquête publique relative au projet, M. Fulcran, notifie son refus de vendre à l'amiable ses biens au motif qu'il trouve le prix fixé par le service des Domaines insuffisant.
02/12/1895 : le tribunal d'instance de Lodève déclare le projet d'utilité publique et prononce l'expropriation des biens du pétitionnaire Fulcran en lui accordant une indemnité de 1.100 frs, quand l'administration lui en offrait 450 frs (le Sieur Fulcran demandait par l'intermédiaire de son avocat 4.000 frs). Toutefois, le passage étant réduit à 3.50 m, l'alignement fut moins important.
Anecdote sur le procès : face aux plaidoiries contradictoires de l'avocat de la mairie et de l'avocat de M. Fulcran, les juges réunis le matin à Lodève ajournent le procès afin de se rendre sur le terrain pour mieux appréhender la chose à juger. La séance est donc reportée à la fin d'après-midi !
Hiver 1897 : les travaux sont réalisés par l'entreprise Louis Clapier de la Vacquerie. La largeur ne sera donc que de 3,50 m. On ne peut être qu'admiratif devant ce projet de porter la chaussée à 4 m à une époque où les véhicules à moteur n'existaient pas !
3 juillet 1897 : le nouveau maire, Noël Portefaix, réceptionne les travaux.
L'observation du passage montre clairement le rocher de tuf qui a été excavé des deux côtés et le mur de l'église appuyé sur le rocher à droite (remarquer l'alignement de pierres à mi-hauteur).
L'artère principale : la Coural
La Coural fait partie de l'extension du village au XVIe siècle. Elle est dirigée droit vers le clocher qui, à l'époque médiévale, était une tour qui défendait la porte ouest (dite des Fous) du village fortifié. L'axe de la rue peut correspondre aussi au tracé rectiligne du Camin Farrat est/ouest qui venait du Larzac et rejoignait la vallée et qui pouvait être, plus anciennement encore, une voie romaine.
Son étymologie viendrait du Coral, un "sas" situé au pied de la porte des Fous qui gardait le village et permettait de vérifier l'intension des visiteurs avant de les autoriser à rentrer dans l'enceinte. Ce "sas" constitué de murs au pied du rempart ouest - alors que la Coural n'existait pas ! - , correspond aujourd'hui à la place de la Fontaine.
La Place du Terral
Elle est relativement "récente" puisqu'elle n'a été créée qu'au cours du XIXème siècle. Son étymologie pourrait venir du vent, le Tarral, vent froid de nord-ouest. Il est vrai que la place, orientée au nord-est est glaciale et fortement ventée (tourbillons !!) en hiver ! Dans l'Aveyron, à nouveau, à Saint-Rome-de-Tarn, on trouve la place du Terral, la place principale.
Le Terral va devenir la place principale du haut village en remplacement de celle trop exigüe de l'intérieur des remparts. Au début du XIXème on y organise la fête patronale. A ce moment-là, seul trônait le calvaire de 1826 actuellement visible au chemin des Garennes... Il fut déplacé pour la construction de la mairie. Autour de la mairie les maisons datent donc du dernier tiers du XIXe y compris dans la rue du Suberbet (date au-dessus de la porte de la maison d'Henri Brusque : 1872).
La mairie : 1868 - 1872. Elle fut bâtie par le maçon Maurice Babot de Soubès. Magnifique maison du peuple, de style XIXe, bien située à l'extrémité d'un alignement de huit platanes. On ne peut être qu'admiratif devant ce bel immeuble pourvu d'une belle façade décorée d'une corniche, d'un grand balcon avec ferronnerie. La disposition des ouvertures est originale. Nos anciens avaient voulu que la maison du peuple soit remarquable.
Rue et Place des Barris (ou Barrys).
La rue des Barrys, est l'une des dernières à compter des maisons abandonnées.
Le nom de Barri ou Barry est celui qui se retrouve le plus souvent dans les villages du centre et du nord de l'Hérault et de l'Aveyron où il est très commun. Il correspond aux maisons bâties "hors les murs", contre et au pied du rempart et signifie donc le faubourg. A Soubès, la rue est TRES caractéristique, car elle court le long de la fortication sud depuis l'angle sud-est, jusqu'au Sud-ouest.
La fontaine sur la place du Barry se trouve précisément au pied du grand escalier qui mène par l'ancienne porte fortifiée des Catinettes vers le coeur du village médiéval.
Le passage du Traoucou
Au XVème siècle, ce fut une porte d'entrée vers le Coral. Son étymologie pourrait être : petit trou ! En occitan, lou traou = le trou. Le suffixe OU, voudrait donc dire "petit trou". Vu la grandeur du passage, cela relève plus de la ruse ou plus prosaïquement de l'espièglerie !
La rue de Pécoule
Parallèle dans sa première partie à la Coural, elle prend naissance à l'Aire, dans l'axe de la fontaine et rejoint la rue du Barry. Ses façades mentionnent des dates de construction du XVIIIe siècle. Son étymologie, viendrait du trépied de bois selon Francis Moreau. Encore étroite et tortueuse notamment après la fontaine, elle a pourtant subi des élargissements par l'abattage de vieilles maisons ou des greniers.
Fontaine de la rue de Pécoule : elle a perdu son bassin qui empiétait dans la rue et gênait le passage des autos.
La rue de l'Atelier
Cette ruelle qui rejoint de bout en bout, après un coude, la rue de Pécoule, n'ayant pas de nom, elle a été dénommée en souvenir de l'atelier de menuiserie (de Paul Clapier) qui suscita sa principale animation et l'objet de visites des habitants. Plus tard, Francis Moreau a découvert dans les archives, qu'elle portait le nom de rue de Monseigne (qui pourrait se traduire par "Monseigneur"). Elle aurait pu tout aussi bien prendre le nom de Rue de l'Echo, pour la curieuse résonnance qui existe au départ de la ruelle face à la fontaine de Pécoule... et qui amuse tant les enfants.
Rue de l'Atelier : une maison aménagée dans une ancienne remise (date : 1850). Remarquables ouvertures en plein cintre.
La Place de l'Aire (ou des Aires)
La fontaine (1844), la croix de mission (1875), et le pignon de l'ancienne école des filles (1896).
Le cadastre napoléonien mentionne la place des Aires. Pourtant, les Soubésiens parlent toujours de l'Aire : l'été "on va prendre le frais sur l'Aire" ou bien " le mari est à l'Aire qu'il joue aux boules ! " L'étymologie est bien sûr l'aire de battage du blé qui se composait d'un sol caladé en pierre. On peut encore voir des parties empierrées au fond de la place sous les acacias. Au cours du XIXe siècle on y organisait l'épreuve du saut au cours de la fête patronale. Le nom des Aires est assez rare et pourrait signifier que eux aires de piquage ont coexisté. Dans l'Aveyron voisin, on trouve souvent l'Ayrole (Millau).
Sous les "acacias" du fond de la place, les restes de l'ancienne aire de piquage caladée sont encore visibles.
Le Chemin Vieux
Il prend naissance au bas de la Coural près du Christ et rejoint, après un virage en équerre la D25, ou ancienne route royale créée au XVIIIe siècle de Lodève à Milhau orienté vers le pont sur la Brèze de 1778... L'appellation de "Chemin Vieux" est donc trompeuse puiqu'il n'a été créé après la route royale vers 1779. Le chemin principal à l'époque médiévale nous-dit Francis Moreau, montait par la Coural. Un autre pont sur la Brèze existait à l'aval de celui actuel, moins haut. La montée des jardins constituait la route principale : on constate qu'elle est dans l'axe de la Coural ! Le "chemin Vieux" fut aussi appelé la rue du Moulin ou chemin de Lodève.
Borne-fontaine au bas du Chemin Vieux où les agriculteurs viennent encore puiser l'eau.
Impasses de la Baouta et des Horts
La Coural qui démarre à l'intersection d'avec l'ancienne route de Pégairolles, ne comprend aucune voie sur sa gauche jusqu'à l'impasse de la Baouta. Ce nom a été attribué en 1989 en référence à la voûte... En 1488, l'impasse s'appelait la Volte des Endemesses.
La seconde impasse à gauche lorsque l'on monte la Coural tire son étymologie de hort (ou hortus), le jardin. Cette référence se retrouve dans tout l'Hérault, l'Aveyron, le Gard et la Lozère... et sans doute plus loin en pays d'Oc. Au mont Aigoual, on a l'Hort de Dieu sur le versant sud : c'est l'arboretum de Georges Fabre. Sur le causse Méjean, on a le rocher des Hourtous ou des petits jardins...
La rue du Buffadou.
Son nom, attribué en 1989, provient du courant d'air froid qui y souffle en hiver !! Il faut dire que cette ruelle, la première à être ouverte à son extrémité vers le ruisseau du Suberbet, communique également sur la droite avec la rue de la Traverse, elle-même reliée à la rue de Pécoule, formant un formidable courant d'air glacial ! Mais le nom rappelle encore la tradition puisque le buffadou n'est autre que ce long objet en bois cylindrique mais étroit qui sert à atiser le feu en soufflant sur les braises mais en retrait pour ne pas se brûler le visage !
Rue des Endemesses
La rue des Endemesses marquée par une arcade (vue prise depuis la rue des Arches).
Seconde ruelle à gauche en montant la Coural, elle abrita le bureau de tabac Tronc (où s'effectueaient les formalités "douanières" pour le vin, etc...). Pour cela elle connaissait une certaine animation. L'origine du nom provient du terrain qui s'étend à toutes les rues qui donnent dans la Coural. Le nom a été retenu pour cette voie-là en 1989 après que toutes les ruelles furent appelées Endemesses en 1983 ! Pour les différencier il avait été adjoint... une lettre ! Ca manquait d'imagination et c'était pour le moins répétitif !
La rue de Caylus et de la Grave
La rue de Caylus compte une arcade
La rue de Caylus est l'exception à la règle qui voulait qu'on ne donne pas de patronyme. L'assistance étant en panne d'inspiration, il fut décidé d'appeler la rue du nom d'un ancien maire, Antonin Caylus (maire de Soubès de 1919 à 1925) parce qu'il résidait dans cette rue. Son prénom n'ayant pas été repris, l'attribution du patronyme passe plus inaperçue. De plus, le nom de Caylus trouve ses origines dans le temps ancien : caylus rappelle le Caylar (étym. château sur un rocher). A Saint-Affrique (Aveyron), le rocher de Caylus domine la ville : c'est une "forteresse" naturelle de pierres qui paraît contenir des tours... C'était un habitat dès l'époque préhistorique.
La rue de la Grave provient du ténement complanté de vignes situé en-dessous de la mairie sur la rive gauche du Suberbet...malgré que ce nom ne figure pas au cadastre ! Pourtant, en 1669, il existait la rue de la Grave dans certaines archives.
Le chemin des Garennes
Cette rue est une prolongation de la Coural vers le nord-est de la commune en ligne de crête de la colline où le village est bâti. Sur sa gauche les immeubles sont "récents" à partir de 1868. Si le cadastre ne mentionne pas le nom de Garennes, c'est cependant une appellation assez ancienne qui remonte au moins au début du XXe siècle. A la fin du XIXe, les archives citent le chemin n°4 du Mas de Rouquet...
Une rue moyennâgeuse devenue impasse
Au pied de la Tour, il existait à l'époque médiévale le Barri Ginieis, une voie au pied du rempart qui courait depuis le quartier seigneurial (château actuel), jusqu'à la Tour. Aujourd'hui, c'est une impasse qui dessert des espaces privés, bordés de ruines branlantes.
Références historiques : livre "Soubès en Languedoc" de Francis Moreau.
