Chemin médiéval de Fozières


L'ancien chemin médiéval de Fozières

L'ancien chemin médiéval de Soubès à Fozières est une voie communale qui faisait partie des chemins muletiers. Il a été utilisé jusqu'à la fin du XIXème siècle avant d'être supplanté vers 1900 par la route départementale D149 que nous connaissons aujourd'hui.

Jusqu'en 1850, le transport à dos de mulet a représenté 95% de la circulation des marchandises*. A l'époque où les véhicules même de type charette n'existaient pas, l'homme utilisait des mules bâtées d'où le nom de chemins muletiers correspondant aux voies empruntées par ces mules. Des voies qui faisaient l'objet d'un entretien assidû pour faciliter le transport des marchandises et le développement économique. Selon l'historien cévenol Pierre Clément, qui a consacré un livre sur le sujet, celui qui conduisait les mules était appelé "voiturier", les "voitures" étant les mules bâtées...

* Pierre Clément, historien gardois. Citation de son livre sur les chemins muletiers "Loÿs Bastide et sa Chaline", ed. Cheminements.

Accès : à pied exclusivement. A l'entrée de Soubès sur la D25, le chemin de Fozières démarre à l'angle du pont sur la Brèze, en contrebas à droite, en venant de Lodève.

 Ces chemins muletiers étaient empierrés dans les parties à fort dénivelé pour pallier le ravinement des eaux pluviales. Les sections empierrées appelées "calades" sont constituées de pierres fichées dans le sol sur une semelle de terre argileuse, fortement serrées les unes contre les autres afin d'assurer une grande homogénéité et donc une grande solidité.

Aujourd'hui encore on peut observer des sections caladées dans un état remarquable de conservation alors même qu'elles n'ont bénéficié d'aucun entretien depuis des décennies.

Lorsque la calade se dégrade en un point précis, son démantèlement complet est ensuite inéluctable.

Au fil des siècles, sous l'action destructrice des racines d'arbres, des fortes pluies, du gel, des motos dites "vertes", le chemin caladé avait toutes les occasions de disparaître... Et pourtant non ! Grâce à la qualité du travail des artisans de ces chemins, on peut voir la technique de construction géniale de la voirie ancestrale. Les pierres fichées dans le sol étaient choisies, des marches construites de biais en travers de la voie favorisaient l'évacuation des eaux de pluie vers les bas côtés...

Des murs de soutènement étaient bâtis supportant le chemin créé parfois à mi-pente contre le rocher lorque l'absence de terre ne permettait pas de faire une encoche dans le sol trop dur.

Le chemin de Fozières démarre selon le cadastre napoléonien de 1833,  à l'angle du pont sur la Brèze, rive gauche. Il suit parallèlement et en hauteur la rivière avant de franchir le chemin d'Aubaygues et de monter abruptement dans une direction Sud-est jusqu'à couper la D149. Il franchit le col du Trescol et pénètre dans la commune de Fozières. En 2007, à la demande de Spes la municipalité a installé des chicanes de bois pour empêcher le passage des motos. Nous avons entrepris de débroussailler le chemin, de supprimer les arbres qui déstabilisaient murs, calades et ruisseaux d'écoulement.

Le diamètre des troncs indique l'absence d'entretien du chemin durant les décennies passées.

Le chemin avant notre intervention...

Le chemin après notre passage...

Une autre idée de l'état de chemin avant...

Et après enlèvement de la terre qui recouvrait la calade

Section située en contre -bas de la D149 : lors des repérages...

En juin 2008...

Mise au jour d'un canal d'écoulement des eaux pluviales hors du chemin dans un remarquable état de conservation. Avril 2008.

La qualité de la réalisation de la calade est admirable. D'ailleurs, les racines des arbres les plus gros n'ont pu disloquer les pierres.

Aujourd'hui, le chemin de Fozières est emprunté par deux itinéraires des sentiers de Grande Randonnée : le GR 71 (La Couvertoirade - Lodève) et la variante du chemin de Saint-Jacques de Compostelle, de Saint-Guilhem le Désert à Lodève.

Découverte d'une nouvelle portion de calade dans la partie inférieure de la section entre le chemin d'Aubaygues et la route de Fozières.

080609 : le chemin empierré apparaît sur 2,30 m de largeur.

Jacques et Gérard en train de sceller une pierre manquante dans le caniveau.

Etat d'avancement du dégagement de la calade en juin 2009.

La partie caladée dégagée en juillet 2009 mesure 4,90 m de long sur 2,60 m de large.

Nouvelle section ouverte près du pont sur la Brèze.

Le Groupe Archéologique Lodévois est venu nous prêter main forte.

Les eaux en furie de la D 25 ont emporté une partie de la calade près du pont. Nous devons la reconstituer.

Sur une semelle de béton, Jacques et Jean-Paul recréent la calade au moyen de galets trouvés sur place ou au bord de la rivière.

La calade reconstituée dont le caniveau afin qu'elle retrouve sa fonction de déviation des eaux de pluie vers la rivière. Nous pensons avoir pérennisé le chemin à cet endroit.

L'indispensable fer de mule, trouvé dans la section près du pont sur la Brèze, qui atteste qu'il s'agissait d'un chemin muletier. Dimension : 10 cm X 050 cm à la base et 2 cm au au plus large.

Autres trouvailles entre les pierres de la calade : dent d'équidé, clou, "clés" en métal.

Découverte d'un grelot ancien qui atteste de l'ancienneté du chemin muletier puisqu'il devait être porté par le "trintrin*" d'une mule ou d'un âne. Trintrin : collier de grelots porté par les animaux de bât qui servait à éloigner les mouches et les taons. L'expression "faire son trin-trin" tire là ses origines par allusion à l'avancée tranquille des animaux, selon Pierre Clément.

 

 Le grelot vu de dessus.

Etat d'avancement du dégagement de la calade près du pont sur la Brèze fin 2009.

Le travail est colossal : pour sauvegarder la calade, il faut aussi reprendre les murs qui la soutiennent.

La section près du pont sur la Brèze en 2010.

..... et enfin.... le 16 Juin 2012, l'inauguration du sentier par le Maire José POZO

 

 et les adhérents de la S.P.E.S

 

....la doyenne de l'association,Mlle Barrière en tête de la marche à plus de 90 ans!

 Bibliographie : Pour en savoir plus sur les chemins ancestraux en général et plus spécialement sur la vie sur les chemins muletiers, des ouvrages indispensables écrits par un grand connaisseur de l'histoire de l'Occitanie :

"Les chemins à travers les âges en Cévennes et Bas-Languedoc" de Pierre Clément, Les Presses du Languedoc, 1983. 380 pages. Réédité en 1984, 1989, 1994, 2003.

"Loÿs Bastide et sa Chaline", de Pierre Clément, 2007, éd "Cheminements", 49260 Coudray-Macouard. 200 p, 20 €. Tél. 02.41.67.74.54. Ecrit sous la forme d'un roman, ce livre fait revivre cette époque révolue des chemins muletiers à laquelle bien peu d'écrivains se sont intéressés.

"La Via Domitia des Alpes aux Pyrénées", la plus ancienne voie gallo-romaine qui traverse le département de l'Hérault. Par Pierre Clément, édition Ouest-France 2004.

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